Bords de mer
2019
Jusqu’au 7 octobre 2023, des Palestiniens de Cisjordanie pouvaient obtenir, quelques jours par an et au gré de l’administration israélienne, un permis ponctuel pour traverser Israël et rejoindre la mer. Seulement quelques jours, car ici la mer est un régime d’autorisation. Et le rivage n’est pas un décor mais un seuil, une zone où le corps mesure l’ampleur du contrôle.
À Adjami, quartier littoral de Jaffa, un vendredi soir de décembre 2019, je rencontre un frère et une sœur, habitants de Hébron. Ils viennent à Jaffa pour la première fois. Il leur a fallu plus de trois heures pour parcourir les 67 km qui séparent les deux villes, entre checkpoints, correspondances, changements de bus : un déplacement morcelé pour une présence temporaire. Ce déplacement contraint devient le hors-champ de l’image.
Je photographie leurs mouvements en m’inspirant de la chronophotographie. Une continuité construite image par image émerge pour faire sentir cette liberté discontinue et précaire. Imprimée sur rouleau, la série se déploie comme une bande cinématographique qui transforme la suite d’images en durée. Ce qui se donne à voir, ce n’est pas seulement un mouvement, mais la possibilité même du mouvement. Et ce qui insiste n’est pas l’événement, mais l’intervalle entre deux images, entre deux contrôles, entre un corps et la possibilité d’être là.
/ 4 photographies
impression jet d’encre sur papier de riz japonais
contrecollage sur dibond
éditon de 3 (+2 EA), 60 x 60 cm
/ Bord de mer
livre d’artiste, 2019
rouleau, impression jet d’encre pigmentaire sur papier de riz japonais
et boite en bois recyclé et gravé
exemplaire unique, 16 x 100 cm