Littoral Marseille
2017-2018
La Méditerranée comme mer intérieure et Marseille comme grand port colonial. Comme ville des départs, des horizons lointains et des arrivées maudites.
En 1962, 450 000 Pieds-Noirs débarquent à Marseille. Chaque jour, des paquebots, des cargos et des chalutiers vomissent des milliers de réfugiés. Le centre d’accueil créé pour les recevoir ne compte que huit employés. Devant ses portes, les files d’attente ne désemplissent pas. La délégation régionale des rapatriés n’a prévu, au dernier moment, que deux centres de transit : l’hôtel Bompard à Endoume et la cité HLM de la Rougière, réquisitionnée alors que sa construction n’est pas achevée. Les nouveaux arrivés s’installent dans des appartements sans porte, sur des lits de camps fournis par l’armée. Ce sont les plus chanceux. Les autres sont livrés à eux-mêmes. Dont mon père – qui me fera, lorsque j’étais enfant, le récit sans cesse répété de cette arrivée traumatisante.
L’expérience de l’exil est-elle communicable ? En 2017, je pars sur ses traces, cherchant à voir ce qu’il a vu, à ressentir ce qu’il a ressenti. Je dérive le long du littoral entre l’Estaque et la plage du Prado : au nord, le Chemin du littoral s’étouffe sous une autoroute, des ronds-points et le port absolument interdit. Au sud, la corniche Kennedy déroule ses villas suspendues et ses criques bleues. C’est un échec. Je pensais que le paysage serait un lieu de mémoire. Mais aucun vestige de cet exode massif ne subsiste. Tout a disparu et même la mer reste silencieuse et inaccessible.
Puisque le paysage se tait, je me tourne vers les habitants. Michel Peraldi, sociologue et anthropologue au CNRS-EHESS, (m’) explique en croisant histoire et anthropologie comment on habite ce chaos invisible.
Littoral Marseille est un puzzle en forme de découverte, d’hommage et de mémoire reconstruite.
/ 48 photographies
tirage argentique à l’agrandisseur sur papier Kodak
contrecollage sur dibond
édition de 7 (+2EA)
60x60 ou 40x40
/ Littoral Marseille
éditions D’une rive à l’autre, 500 exemplaires
23 x 31 cm, 80 pages
46 photographies couleur
papier symbol freelife gloss 150 g
et woodstock gallio 140 g et 285 g