Le nouveau sauvage
2019-2025
Nous vivons à l’époque de l’Anthropocène, une ère géologique où l’humanité est devenue force planétaire. Nos activités contaminent l’air, les sols, les eaux et modifient les cycles de la matière. Ces transformations ne sont plus seulement visibles à travers des catastrophes spectaculaires, elles s’infiltrent dans le quotidien. La pollution est désormais diffuse, silencieuse, systémique — elle est devenue un état du monde, une présence plus qu’un événement.
De l’étang de Berre jusqu’à Fos-sur-Mer, à l’ouest de Marseille et en bordure de Camargue, une constellation d’étangs incarne ce paradigme du visible et de l’invisible. Elle a été, jusqu’aux années 1950, un paradis provençal. Dans les années 1960-1970, la DATAR y installe une zone industrialo-portuaire où les pétroliers déchargent le brut, les usines le stockent, le transforment, le raffinent pour tout le continent. La région devient l’une des plus polluées d’Europe.
Dans les années 1980, le ministère de l’Environnement s’inquiète de ces transformations. Il confie à Michel Peraldi, anthropologue au CNRS-EHESS, une étude pour laquelle il associe ethnographie et photographie documentaire. Ses images, proches de celles de Lewis Baltz (Fos-sur-Mer secteur 80, DATAR, 1986), montrent la démesure du projet industriel. Trente ans plus tard, Michel Peraldi m’invite à reprendre cette exploration.
Le paysage a changé : les complexes industriels reculent, laissant apparaitre de nombreuses friches et ruines. La pollution, faite de métaux lourds, de chlore, de particules ultrafines et de microplastiques, est omniprésente — vivante et presque organique : un nouveau sauvage.
Jaune de nickel, rouge de cadmium ou bleu de cobalt : les pigments des artistes proviennent des métaux lourds traités à Fos-sur-Mer — produits ambivalents qui polluent autant qu’ils donnent à voir. Par la saturation de certaines couleurs sur les images selon le degré de contamination des sites, j’inscris la pollution dans la matière même de l’image pour révéler cette histoire locale et universelle de l’Anthropocène.
Le nouveau sauvage a bénéficié de la Bourse de soutien à la photographie documentaire contemporaine du CNAP. Et il a été finaliste du Dummy Book Award des Rencontres d’Arles 2025.
/ 51 photographies couleur
tirages jet d’encre pigmentaire sur papier Hahnemühle Ultra Smooth
contrecollage sur dibond
édition de 7 (+ 2 EA)
45x60 cm
/ Le nouveau Sauvage
maquette, 2025
21 x29,7 cm
125 pages et un nuancier
51 photographies couleur
24 photographies noir et blanc
textes d’Elise Llinares & Michel Peraldi
sur papier couleur